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Terminologie et outils, améliorer un glossaire multilingue :
l’exemple de Mon Balcon Potager

Créer un glossaire multilingue paraît assez simple. On choisit un terme, on cherche ses équivalents dans d’autres langues, puis on ajoute une définition. En quelques colonnes, le travail semble terminé.

Mais est-ce vraiment suffisant ?

Un même mot peut avoir plusieurs sens. Deux termes proches ne désignent pas forcément la même chose. Une traduction correcte dans le langage courant peut aussi être mal adaptée à un domaine spécialisé. Enfin, lorsqu’aucune source n’est conservée, il devient difficile de comprendre pourquoi un terme a été choisi ou de le vérifier plusieurs mois plus tard.

La terminologie ne consiste donc pas seulement à réunir des mots dans plusieurs langues. Elle demande de définir précisément les concepts, de comparer les usages et d’organiser les informations pour qu’elles puissent être vérifiées, mises à jour et réutilisées.

La problématique retenue est la suivante :
Comment construire et maintenir une ressource terminologique multilingue à la fois fiable, cohérente et accessible ?

Terminologie : de quoi parle-t-on exactement ?

Dans le langage courant, les mots terme et mot sont souvent utilisés comme des synonymes. En terminologie, la distinction est pourtant importante.

Un concept correspond à une notion précise. Le terme est le mot ou le groupe de mots utilisé pour la désigner dans une langue. Avant de chercher des traductions, il faut donc commencer par savoir exactement de quoi l’on parle.

L’ISO 704:2022 place cette relation au centre du travail terminologique. La norme décrit les liens entre les objets, les concepts, les définitions et leurs différentes désignations. Autrement dit, une terminologie ne se construit pas en alignant des mots : elle se construit à partir des connaissances d’un domaine.

Cette méthode évite notamment de regrouper des notions simplement parce qu’elles se ressemblent. Prenons un exemple lié au jardinage : semis peut renvoyer à l’action de semer, mais aussi, dans certains contextes, à une jeune plante. Plantule désigne plus précisément le premier stade de développement d’une plante issue d’une graine. Dans AGROVOC, plantule apparaît comme terme privilégié pour ce concept, tandis que semis (jeune plante) est conservé comme autre désignation.

La différence peut sembler légère, mais elle devient importante dès qu’il faut rédiger, traduire ou rechercher une information précise.

Un même concept, plusieurs termes

Une notion peut être désignée de plusieurs façons dans une même langue. Cela ne signifie pas que toutes les variantes se valent dans n’importe quel contexte.

Un terme peut être plus courant dans un pays, plus technique, plus ancien ou simplement plus adapté au public visé. Il faut donc éviter de présenter plusieurs possibilités sans indiquer laquelle utiliser.

Une ressource terminologique peut distinguer :

  • le terme privilégié, retenu dans les contenus ;

  • une variante admise, correcte mais secondaire ;

  • une forme régionale ou propre à un secteur ;

  • un terme déconseillé, parce qu’il est trop vague ou ambigu.

AGROVOC suit cette logique. Ce vocabulaire multilingue de la FAO est organisé autour de concepts. Dans chaque langue, un concept possède un terme privilégié et peut également contenir des termes alternatifs. Les concepts sont ensuite reliés entre eux par des relations hiérarchiques ou thématiques.

Cette organisation ne sert pas seulement à faire plus « professionnel ». Elle évite surtout les hésitations et les incohérences.

Dans une documentation, deux rédacteurs peuvent choisir des variantes différentes pour parler du même objet. Les lecteurs peuvent alors croire qu’il s’agit de deux notions distinctes. Dans un projet multilingue, le problème se multiplie encore : chaque terme doit rester cohérent avec le concept de départ et avec les équivalents utilisés dans les autres langues.

Des définitions simples, oui… mais précises

Une bonne définition n’a pas besoin d’être longue. Elle doit surtout permettre de reconnaître le concept et de le distinguer des notions proches.

Le niveau de précision dépend aussi du public. Une définition destinée à un botaniste ne sera pas formulée comme une explication pour une personne qui commence à jardiner sur son balcon.

Faut-il alors choisir entre exactitude et simplicité ? Pas forcément.

Une ressource terminologique peut conserver deux niveaux d’information :

  • une définition de référence, neutre et précise ;

  • une explication plus accessible, adaptée au support final.

La première sert à vérifier et à maintenir le contenu. La seconde permet au lecteur de comprendre rapidement la notion.

Le contexte est également utile. Un terme peut sembler correct lorsqu’il est présenté seul, mais devenir moins naturel une fois placé dans une phrase. Ajouter un exemple permet donc de vérifier son sens et son usage réel.

Pour rempotage, on pourrait par exemple utiliser :

« Le rempotage devient nécessaire lorsque les racines occupent tout l’espace disponible dans le pot. »

La phrase donne davantage d’informations qu’une traduction isolée. Elle permet aussi de vérifier si les équivalents anglais et espagnol fonctionnent dans la même situation.

En bref, une définition explique ce qu’est le concept. Le contexte montre comment le terme est utilisé.

Pourquoi garder les sources ?

Un glossaire peut être parfaitement lisible tout en restant difficile à maintenir.

Lorsque les sources ne sont pas indiquées, il est impossible de savoir d’où vient une définition, comment un équivalent a été vérifié ou pourquoi une variante a été écartée. La personne qui reprend le travail doit alors recommencer les recherches depuis le début.

Chaque entrée devrait donc conserver au minimum :

  • le domaine ;

  • le terme privilégié et ses variantes ;

  • la définition ;

  • un exemple en contexte ;

  • les sources consultées ;

  • la date de consultation ;

  • la dernière date de modification ;

  • un statut comme à vérifier, vérifié ou validé.

Toutes ces informations n’ont pas besoin d’être visibles par le lecteur. Elles servent surtout aux rédacteurs, aux traducteurs et aux personnes chargées de mettre à jour la ressource.

IATE illustre bien ce principe. Cette base terminologique multilingue est utilisée par les institutions européennes pour rechercher des termes, trouver leurs équivalents et consulter leur usage en contexte. Elle contribue notamment à maintenir une terminologie cohérente entre les différentes langues de l’Union européenne.

Garder les sources et l’historique des décisions n’est donc pas un détail administratif. C’est ce qui permet de vérifier la qualité de la ressource dans le temps.

Les outils : qui sert à quoi ?

l n’existe pas d’outil unique capable de gérer tout le travail terminologique.

Les normes donnent des principes et des méthodes. Les bases terminologiques permettent de rechercher ou de comparer les usages. Les outils de gestion de contenu servent ensuite à structurer et à publier les informations.

Pour un sujet lié au jardinage et à l’environnement, AGROVOC constitue une première ressource intéressante. Il permet de rechercher des concepts agricoles, leurs termes privilégiés, leurs variantes et leurs équivalents dans plusieurs langues.

IATE peut compléter cette recherche, notamment pour vérifier des équivalents multilingues et observer l’usage d’un terme dans différents contextes. Il faut toutefois garder à l’esprit que cette base est avant tout liée aux activités et aux domaines de l’Union européenne.

Heretto intervient à une autre étape. Le CCMS permet de créer des entrées de glossaire, de les regrouper dans une map et de les relier aux contenus dans lesquels les termes sont utilisés. Le lecteur peut ensuite accéder à la définition depuis la documentation publiée.

Enfin, le format TBX fournit un cadre pour organiser et échanger des données terminologiques entre plusieurs outils. La norme ISO 30042:2019 décrit notamment son modèle et les catégories de données utilisées pour construire une base terminologique conforme aux bonnes pratiques.

Créer une véritable base TBX pour une vingtaine de termes serait probablement excessif. En revanche, son organisation peut servir de modèle pour construire des fiches cohérentes dès le départ.

Application à Mon Balcon Potager

Dans Mon Balcon Potager, nous avons créé un glossaire illustré de 18 termes liés au jardinage urbain. Chaque entrée présente le terme en français, son équivalent en anglais et en espagnol, une définition dans les trois langues et une image. L’objectif était de proposer des explications simples à des personnes qui débutent.

Le résultat répond bien à cette intention. La page est homogène, les trois langues sont visibles immédiatement et le ton reste accessible.

En revanche, certaines entrées pourraient être approfondies si le glossaire devait devenir une véritable ressource terminologique.

C’est notamment le cas de Semis / Plantule, réunis dans une même entrée et associés à seedling et plántula. Cette fiche gagnerait à distinguer plus clairement les concepts et les usages.

D’autres entrées proposent plusieurs équivalents, comme Estaca / Esqueje pour bouture, Watering spike / cone pour cône d’arrosage ou Planter box / Flower box pour jardinière. Le glossaire ne précise pas encore s’il s’agit de synonymes parfaits, de variantes régionales ou de termes adaptés à des contextes différents.

Pour améliorer le projet, je commencerais par reprendre six termes :

Bouture · Cône d’arrosage · Jardinière · Semis · Substrat · Terreau

Chaque fiche contiendrait :

  • le concept et le domaine concernés ;

  • un terme privilégié dans chaque langue ;

  • les variantes éventuelles ;

  • une définition de référence ;

  • la définition simplifiée déjà visible sur le site ;

  • un exemple en contexte ;

  • les concepts associés ;

  • les sources consultées ;

  • un statut de validation.

Le glossaire publié pourrait conserver exactement le même niveau de simplicité. Le lecteur continuerait à voir l’image, les trois langues et une définition courte. Les informations plus détaillées resteraient dans Heretto ou dans une petite base séparée.

L’amélioration ne consisterait donc pas à ajouter davantage de texte sur la page. Le changement se situerait surtout en arrière-plan : les termes seraient mieux vérifiés, les choix plus faciles à justifier et les futures mises à jour plus simples.

Ce qu’il faut retenir

Trois enseignements opérationnels ressortent de cette veille.

D’abord, le travail terminologique commence par le concept, pas par la traduction. Des mots proches ne désignent pas toujours exactement la même réalité.

Ensuite, chaque choix doit pouvoir être retrouvé et expliqué. Une source, un contexte et un statut de validation évitent de recommencer les recherches ou de modifier un terme sans savoir pourquoi il avait été retenu.

Enfin, le glossaire destiné au lecteur et la ressource utilisée par l’équipe n’ont pas besoin de contenir le même niveau de détail. La page peut rester simple, tandis que les fiches internes conservent toutes les informations nécessaires à la vérification et à la maintenance.

Appliqués à Mon Balcon Potager, ces principes permettraient de garder un glossaire accessible aux débutants, tout en le rendant plus fiable et plus facile à faire évoluer.